Amesys : les tribulations égyptiennes d’un marchand d’armes numériques français

Forte de son expérience de vente de systèmes de surveillance électronique à la Libye insurrectionnelle de Kadhafi sous le regard bienveillant de Nicolas Sarkozy, la société Amesys a changé de nom et d’actionnaire pour vendre ses services au nouveau pouvoir égyptien sans que la France trouve à y redire … rappelons qu’une information judiciaire avait été ouverte contre Amesys pour complicité d’actes de torture.
ARTICLE :
Après avoir vendu un système de surveillance électronique à la Libye de Mouammar Kadhafi, la société Amesys a changé de nom et d’actionnaire pour vendre ses services au nouveau pouvoir égyptien. Sans que l’Etat français y trouve quelque chose à redire.

Eté 2011 : rattrapé par le printemps arabe, Mouammar #Kadhafi est en fuite. Dans une Libye insurrectionnelle, une entreprise française inconnue du grand public prend la lumière à son corps défendant. Au cœur d’un centre d’écoute de Tripoli, deux journalistes du Wall Street Journal identifient formellement son logo sur un panonceau. Elle s’appelle #Amesys, et elle a vendu un système de surveillance des télécommunications à la Jamahiriya du colonel. Une « faveur » de Nicolas #Sarkozy, pour signer le retour de Kadhafi dans le concert des nations, avec l’aide de l’incontournable intermédiaire #ZiadTakieddine. Un an plus tard, une information judiciaire est ouverte contre Amesys, pour complicité d’actes de #torture. Ses outils auraient permis au régime libyen de traquer et de torturer des opposants. L’enquête est alors confiée au tout nouveau pôle du tribunal de grande instance de Paris, spécialisé dans les crimes contre l’humanité. Depuis, le dossier, inédit, avance chichement. Tous les protagonistes – ingénieurs, grand patron, victimes – ont été entendus. Les dernières gardes à vue ont eu lieu au printemps et, selon nos informations, Amesys a été placé sous le statut de témoin assisté le 30 mai. L’entreprise a fini par devenir le Voldemort de la #surveillanceélectronique : à la simple évocation de ce nom, les visages se ferment. Mais quelques langues se délient. Aiguillé par plusieurs sources, Télérama a retrouvé la trace de cette boîte sulfureuse en #Egypte. En 2017, une entreprise française poursuivie pour avoir fait commerce avec un dictateur continue d’écouler les mêmes produits auprès de pays pas plus fréquentables. Pis, elle le fait avec l’aide des autorités hexagonales. Business as usual. Au risque de voir l’Histoire bégayer.

Nom de code : “Toblerone”

Plus jamais ça, semblait pourtant avoir promis le gouvernement. Dans une interview au Monde, en décembre 2013, Fleur Pellerin, encore ministre déléguée à l’Economie numérique, assure que la France va davantage contrôler l’exportation des technologies dites « duales », dont l’usage civil peut être détourné au mépris des droits de l’homme. Au même moment, un émissaire des Emirats arabes unis prend langue avec Stéphane Salies, le nouveau patron d’Amesys. Son pays souhaite offrir un cadeau au voisin égyptien, qui vient de renverser le président Morsi à la faveur d’un coup d’Etat militaire. La surprise ? Un système d’écoute à 10 millions d’euros pour lutter – officiellement – contre les Frères musulmans. En deux mois, l’affaire est entendue. Le contrat est signé en mars 2014. Nom de code de l’opération : « Toblerone ». Un clin d’œil cryptique à la forme triangulaire des pyramides…

 

lire sur telerama.fr – publié le 5 juillet 2017

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