À Kiev, Interpol sert à arrêter des journalistes étrangers

Notices rouges : le Conseil de l’Europe avait pourtant alerté sur le détournement du système opéré par certains états membres en vue de réprimer la liberté d’expression ou de persécuter les opposants politiques résidants à l’étranger. De son côté, RSF souligne ainsi “l’urgence d’engager une réforme des “notices rouges” d’Interpol pour mettre fin au plus vite à la traque des opposants en exil”.

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Deux journalistes ont récemment été arrêtés en Ukraine sur la foi de notices rouges abusives. Nouvelle illustration du détournement d’Interpol par des régimes autoritaires. Malgré les réformes et les engagements pris par l’organisation.

Deux nouveaux cas d’arrestation de journalistes sur la foi de notices rouges abusives. Après la Turquie cet été, deux autres régimes autoritaires ont récemment illustré les risques de détournement d’Interpol. L’Ouzbékistan et l’Azerbaïdjan sont ainsi parvenus à faire arrêter hors de leurs frontières et emprisonner des journalistes, l’un réfugié politique, l’autre demandeur d’asile. Dans les deux cas, les arrestations ont été opérées par la police aux frontières ukrainienne après consultation du registre d’Interpol.

Le 20 septembre 2017, le journaliste ouzbek Narzoullo Akhounjonov débarque à l’aéroport de Kiev. Avec sa famille, il vient demander l’asile en Ukraine. Il vivait en Turquie depuis 2013 et son exil est dû aux pressions dont il fait l’objet depuis ses prises de position contre la corruption. Mais le bureau d’Interpol de Tachkent ayant demandé et obtenu l’émission d’une notice rouge d’Interpol, le journaliste est arrêté par les autorités ukrainiennes et placé en détention provisoire pour quarante jours.

Fin septembre, Reporters sans frontières (RSF) appelle le bureau du procureur général en Ukraine à “s’opposer à son extradition afin de garantir la protection du journaliste”. “L’expulser vers un pays où le journalisme indépendant est persécuté et où la torture systématisée est contraire à toutes les obligations internationales auxquelles Kiev est tenu”, écrit alors l’ONG.

Exilé politique aux Pays-Bas, arrêté à Kiev

Bis repetita, moins d’un mois plus tard. Le 14 octobre, un autre journaliste faisant l’objet d’une notice rouge à la demande de son pays d’origine, dont il est exilé, est arrêté à Kiev. Lui est même réfugié politique aux Pays-Bas. Fikret Housseïnli a pris en 2008 la décision de fuir son pays après des pressions et attaques physiques. “C’est au tour des autorités azerbaïdjanaises de chercher à instrumentaliser ce mécanisme pour mieux traquer ses opposants exilés”, alerte immédiatement RSF.

lire sur lelanceur.fr – publié le 7 novembre 2017

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